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Élancourt, fin de journée

Élancourt, fin de journée

 

Cela faisait 5 minutes que Gendron avait quitté son bureau. Il ne lui avait pas suffi de plus pour lui annoncer qu’il était viré. Il devait rassembler toutes ses affaires dans un carton que Ahmed, le vigile du premier, allait lui amener.

Vingt ans de boite et se faire éjecter comme un malpropre pour une broutille! Le monde ne tournait vraiment pas rond.

Ça l’avait séché sur place.

Jamais il n’avait négligé son travail, jamais il n’était arrivé en retard, jamais il n’avait refusé de faire des heures sup, jamais un mot de travers vis à vis de la direction, bande de connards ! Des incapables. Prétentieux et faux derches par dessus le marché.

Et cette connasse qui était venue chialer dans le bureau de Calduret ! Ils s’étaient couchés devant elle quand elle avait menacé de porter plainte contre la boite pour non assistance à personne en danger. Des fiottes.

La rigolade.

C’était pourtant pas les derniers à se goberger quand il leur racontait une de ses petites blagues bien salées dont il avait le secret.

Peut-être que là il était allé trop loin, ça l’avait effleuré cette idée, mais vu comment elle s’était trémoussée façon anguille dans la poêle à frire, pour lui c’était elle qui avait dépassé les bornes. Elle les avait tous provoqués et il avait été le seul à la prendre au mot. Façon de parler parce qu’au jeu des mots il était pas très fort. Il laissait la parlotte aux autres, il préférait les actes. Tout le monde était bourré en particulier l’autre salope qui s’était mise à hurler et à chialer quand il lui avait donné ce qu’elle était venue chercher.

Ça faisait trois ans que ça lui trottait dans la tête, elle l’avait déjà repoussé une bonne dizaine de fois façon suceuse de stars comme s’il n’était pas assez bien pour elle. Franchement pour qui elles se prennent ces connes !

En fin de compte il en avait rien à foutre de cette turne.

Giselle n’avait pas intérêt à la ramener sinon elle allait danser. Les mômes pareil.

Dès que Gendron avait refermé la porte, il s’était enfilé la bouteille de sky qu’il gardait toujours pleine dans le fond du dernier tiroir. D’un trait. Et glou et glou et glou il est des nôtres, il a bu son verre comme les autres !

Dehors, une noce avait déroulé son chapelet de klaxons. Il s’était retourné par réflexe, un réflexe sérieusement ralenti par l’alcool et les affaires qui se bousculaient dans sa tête, pour mater les voitures avec leurs rubans blancs et les têtes de cons qui faisaient les marioles assis sur les portières arrières comme s’ils avaient gagné la guerre. Mais il n’en avait pas vu la queue d’une, elles étaient déjà loin, leurs occupants occupés à faire la fête en se foutant de lui, lui qui avait tout raté.

Les lames des stores semblaient aiguisées comme des rasoirs de barbier. Il eut envie de les saisir à pleines mains, de voir du sang gicler et de tout arracher. De tout détruire. De s’égorger.

« Toc! Toc! » Ahmed et son carton. Il n’avait jamais pu l’encaisser ce bellâtre. Toujours à vous regarder par en dessous et à vous servir un sourire obséquieux enrubanné de formules de politesse pleines se sous-entendus. Il allait lui faire ravaler son mépris, en deux coups des gros. Définitivement.

« Entrez. »

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