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Place des Quatre Dauphins, Aix-en-Provence

Place des Quatre Dauphins, Aix-en-Provence

Quel soulagement ! Enfin Catherine pouvait compter sur un compagnon  aimant et attentionné ! Suzanne avait réussi à la convaincre de s’inscrire sur un site de rencontre afin de ne pas se morfondre dans un veuvage qui d’après elle n’avait que trop duré. Il est vrai que Catherine s’était petit à petit faite à l’idée qu’elle terminerait sa vie dans cette solitude ménagère qui consistait à passer des heures dans sa cuisine à concocter des plats qu’elle mangerait seule devant sa télé. Paul l’avait séduite après de longs mois de discussions par Internet interposé. Elle avait apprécié d’être courtisée, il l’avait fait avec délicatesse. Au cours de ces échanges Paul s’était révélé cultivé, attentionné et il ne manquait pas d’esprit. En outre c’était un jeune retraité des Ponts et Chaussées ayant du bien et du savoir vivre ce qui n’était pas négligeable, non qu’elle ait été dans le besoin ou dans une quelconque peur d’une future précarité financière. Comme disait Suzanne la sécurité est la première chose qu’on doit exiger d’un homme.

Cela faisait deux ans qu’ils se fréquentaient, un qu’ils passaient certaines nuits ensemble. Cette année ils avaient décidé de séjourner pendant le mois de juillet dans sa maison du Lubéron, délicieuse maison secondaire aménagée avec goût avec un jardin  où on pouvait manger sous une tonnelle dominant le maquis rocailleux. Catherine ne connaissait pas Gordes, Paul l’avait emmenée à Gordes, elle ne connaissait pas Lacoste, la demeure du divin marquis, Paul l’avait emmenée à Lacoste, à chaque visite Paul s’était révélé un guide parfait tant par ses connaissances qui parfois confinaient à l’érudition que par la prévenance dont il faisait preuve à son égard.

Aujourd’hui ils étaient à Aix-en-Provence.  La place des quatre dauphins. Il ne faisait pas beau à proprement parlé, mais la présence de Paul à ses côtés rendait chaque journée ensoleillée. Comme un enfant il ne résistait pas à l’envie de la photographier devant tout ce qui à ses yeux représentait la grâce et la beauté. Suzanne aurait été surprise de voir que son amie Catherine se prêtait volontiers à ces séances de pose impromptues, elle qui d’ordinaire répugnait à ce genre d’exercice. Vraiment Paul était fait pour elle ! Catherine devait se l’avouer : elle n’avait jamais été si heureuse, même avec Jean-Philippe, son ancien mari beaucoup trop occupé à réussir sa vie professionnelle pour avoir le soucis de la combler.

Mais était-elle comblée pour autant ? Assise sur la margelle de pierre de la fontaine fraîche et gracieuse, Catherine le regardait manipulant son smartphone avec sérieux et application tout en lui enjoignant gentiment : « Allez Catherine, souris ! ». Elle ne put s’empêcher de se dire : « Mais mon Dieu, qu’est-ce qu’il est ridicule avec ce short bleu et ce chapeau de péquenot ! Quelle misère. » Sa bouche s’éclaira alors de son plus beau sourire.

 

 

 

 

 

 

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