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Angle de l'avenue de Lowendal et de l'avenue Duquesne, Paris

Angle de l’avenue de Lowendal et de l’avenue Duquesne, Paris

Plichon s’était encore fait remarquer avec une blague à deux balles  « on est halés pour des mecs de retour! » et ça n’avait fait rire personne. Il est un peu léger Plichon.

La journée s’était passée au ralenti, les dossiers en attente, les urgences, les souvenirs de vacances. Avec Facebook tout le monde les connaissait tes souvenirs, tous les mêmes avec des images plus ou moins floues. Les souvenirs avaient tous le sourire. Pourtant ça n’avait pas été toujours facile, le soleil pouvant être plus écrasant que le poids des responsabilités. Bien qu’il n’en eut aucune dans cette boite.

C’était la rentrée.

Lui qui aimait bien sortir il se demanda pourquoi il fallait toujours rentrer. Rentrer dans quoi ? Dans le lard de son n+1 ? C’est lui qui le ferait sortir et définitivement pour le coup. Rentré dans le rang ? En était-il jamais sorti ?

Pour sortir au restau ou en boite il était le premier, sortir de ses gonds aussi d’ailleurs, mais sortir du rang il dut s’avouer qu’il n’en voyait pas la nécessité puisque pour vivre la nécessité était justement d’y rester dans le rang.

Il se dit tout d’un coup, comme un flash, que sortir de l’ordinaire c’était une façon détournée de s’en contenter. Puisqu’on y retournait. Quand on disait de quelqu’un qu’il était « rentré » c’était pour pointer sa difficulté, voire son incapacité, à exprimer ses sentiments.

Prends Plichon par exemple, il était tout sauf rentré, il avait de ces sorties ! Pourtant Plichon semblait garder pour lui de terribles secrets, il pouvait rester des heures sans parler, l’air ailleurs. Dire une connerie c’était sa façon de rentrer. En quelques sortes Plichon était un rentré contrarié, qui se contrariait lui-même, autonome.

Lui, il se contentait de suivre le courant. En marchant.

Premier jour de boulot de l’année, un de moins, il rentrait à la maison. Il faisait chaud. « rentrer à la maison » ça ressemblait à « rentrer » à la niche », ça agaçait son ego. Il eut une forte envie d’aboyer.

C’est à ce moment que le car de tourisme avec vue panoramique de la compagnie « Paris Holiday » le percuta de plein fouet.

Mort sur le coup. Pourtant il était dans les clous.

Il venait juste de rentrer.

 

 

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