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place du colonel Fabien

place du colonel Fabien

Les bulles étaient apparues en plusieurs points de la capitale. Sans un bruit.

Officiellement personne n’avait rien remarqué. La consigne générale vis à vis de ce phénomène semblait être : « On fait comme si de rien n’était. » Une sorte de cécité tacite s’était donc instituée dans la population. Ce n’était évidemment pas confortable, moralement parlant, d’attendre son bus avec ce truc dans le dos. Plusieurs études et quantités d’analyses avaient été diligentées pour tenter d’en savoir un peu plus. Mais rien y avait fait, les bulles étaient restées muettes et impénétrables. Les gouvernants avaient préféré traiter par le mépris ce qui consistait à leurs yeux en la manifestation d’une stratégie menaçante visant à déstabiliser le corps social dans son ensemble. La phrase était creuse mais avait eu l’effet escompté, « le corps social dans son ensemble » avait préféré se concentrer sur les bisbilles classiques et séculaires qui le divisaient douillettement pour l’éternité. Croyait-on.

Place du colonel Fabien on commençait à devenir nerveux. Le bus n’arrivait pas. La circulation s’était interrompue depuis de longues minutes. Il faisait chaud. Sur l’asphalte de la rue l’ombre portée du feuillage  attestait que la végétation avait soudain éclos. Étrange pour un 15 décembre. Il allait falloir se retourner.

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