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Place Étienne Pernet, Paris 15ième

Place Étienne Pernet, Paris 15ième

Gilles sortait de chez sa psy l’esprit encore encombré  par ce qu’elle lui avait lâché après qu’il lui eut décrit son dernier rêve.

– « Hé bien, nous y voilà ! ».

Où ? Telle était la question qui l’accaparait dans l’ascenseur qui le descendait au rez de chaussée, niveau réalité.

80 €uros la séance pour entendre ça…

Il savait que le chemin pour revenir aux sources de l’inconscient était long, semé d’embûches, de chausse-trappes et d’impasses mais en son for intérieur il trouvait que Georgette, la psy, aurait put lui faciliter la tâche en lui indiquant un peu plus précisément la direction à suivre. Il l’appelait Georgette parce qu’en l’affublant d’un sobriquet ringard ça lui permettait d’avoir une sorte d’ascendant intime sur elle, la vérité étant que son nom était imprononçable, un patronyme venu d’une contrée sûrement lointaine du côté Est de l’Europe. Un endroit où quand le soleil se couche, la peur s’éveille.

Le temps est à l’orage. La capitale était sujette à des dérèglements climatiques depuis plusieurs semaines, certains jours la chaleur devenait suffocante ce qui était inédit pour un mois de mars. Ce réchauffement avait ravi la vedette aux terroristes djihadistes qu’on ne pouvait raisonnablement accuser d’être la cause de cette « tropicalisation » soudaine du climat, comme l’appelaient les écolos.

Les premières gouttes firent des plats sur l’asphalte. Gilles se résolut à rester dans le hall d’entrée de l’immeuble puisqu’il avait jugé superflu de se munir de son parapluie. Chaque fois qu’il comptait sur son intuition pour prendre une décision, elle le plantait. Ça ne le faisait pas rire.

Dehors c’était la mousson. Gilles ne pouvait que distinguer les silhouettes filantes des rares passants surpris par le déluge. Il se demanda comment ils ne se percutaient pas dans cette purée liquide. On n’y voyait pas à deux pas.

La lumière devint crépusculaire. Seul le pignon aveugle et blanc de l’immeuble en face était éclairé par un rayon de soleil qui avait du se frayer un chemin dans le grand chambard des nuées.

Ce fut la première fois qu’il remarqua cet immeuble.

Il y a encore six mois il était caché par un parking à étage datant des années cinquante, un must pour Gilles, qui n’avait pas survécu à l’appétit d’un promoteur. Si aucun panneau de chantier ne montrait par quoi il allait être remplacé, Gilles avait parié que ce serait par une résidence de standing. Encore une intuition à la con… Vraisemblablement.

La pluie ne baissait pas d’intensité, comme si elle avait décidé d’effacer le paysage. Gilles était fasciné par cette façade d’un blanc immaculé qui imposait sa géométrie concrète dans la brouillasse généralisée. Soudain quelque chose électrocuta son cerveau. Il ne savait pas quel était le lien de cette façade blanche avec son rêve mais il eut la certitude qu’il en existait un.

Putain de cauchemar récurrent qui le réveillait depuis deux mois au beau milieu de la nuit trempé, épuisé, terrifié.

« Hé bien, nous y voilà! »

 

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